LES FRAIS ACCESSOIRES – LES FAUSSES BONNES NOUVELLES

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L’abolition des frais accessoires devait être une bonne nouvelle. Des frais pour des services faisant partie de consultations couvertes par le régime de santé, c’est difficile à approuver. C’est d’autant plus irritant quand ces frais sont totalement disproportionnés par rapport au matériel en question et que le patient n’a pas vraiment d’alternative au publique pour se faire soigner. Comme une bonne partie de la population, j’avais donc hâte que de telles pratiques soient freinées.

J’ai déchanté en lisant les nouvelles réglementations sur les frais accessoires…

L’abolition des frais accessoires a été habilement emballée dans un ensemble de mesures qui me laissent perplexe. Analysons l’exemple du cas des prélèvements sanguins en pharmacie.

Les délais d’attente pour les prélèvements en hôpital ou en CLSC sont une préoccupation pour une bonne partie de la population active qui opte parfois pour des prélèvements en pharmacie pour éviter des pertes de temps de travail. Il y a aussi des patients à mobilité réduite, qui souhaitent faire les prélèvements près de chez eux. Grâce aux services d’infirmières en pharmacie (non rémunérées par l’état), ces services abordables sont possibles. Seulement voilà, le gouvernement semble souhaiter interdire le paiement de prélèvements en pharmacie et comme les infirmières ne peuvent travailler bénévolement, il y a fort à parier que le service en question va donc disparaître…

Ce ne serait pas un problème s’il y avait les investissements nécessaires pour favoriser un service avec peu d’attente au CLSC, mais coupure après coupure et avec la centralisation constante, c’est exactement l’inverse qui se profile. Les temps d’attente ne semblent pas être en voie de diminuer…

Si les prélèvements pour une trentaine de dollars en pharmacie seront probablement ainsi abolis, les prélèvements à trois cent dollars en laboratoire privé, eux, fleurirons étant donné le manque d’alternatives accessibles!

Difficile de comprendre le lien entre l’interdiction de facturer des prélèvements en pharmacie et la réglementation ciblant les frais accessoires. Un frais accessoire est par définition un frais supplémentaire accessoire à un service principal couvert par l’assurance santé. Le service de prélèvement en pharmacie serait accessoire à quoi exactement ?

Sous couvert de mettre un terme à certaines pratiques indésirables, on a réussi à glisser des mesures qui semblent favoriser certains groupes privés au détriment d’une classe moyenne entre l’arbre et l’écorce ou plutôt entre l’accès aux soins toujours plus difficile et ses obligations professionnelles et familiales…

Bref, encore une autre fausse bonne nouvelle…

C’est qu’il y en a eu plusieurs des fausses bonnes nouvelles dernièrement. Des annonces longtemps attendues en santé qui viennent à la dernière minute accompagnées de dispositions qui vont en sens contraire du but que l’on prétend rechercher.

En tant que pharmacienne, j’attendais la Loi 41 avec impatience. Consultations pour prescrire les vitamines prénatales ou le diclectin pour éviter les nausées chez les femmes enceintes, prescription d’antibiotiques dans certains cas, consultation voyage et bien d’autres consultations auxquelles la population a droit. Quelle ne fût pas ma déception de découvrir qu’au lieu que ces consultations qui désengorgent les cliniques soient accessibles via l’assurance santé, il a été décidé quelles devaient entrer dans la catégorie médicaments et donc être soumises aux paiements de franchises et coassurances!

L’incohérence semble profondément ancrée dans un système de santé qui veut transférer des actes comme l’anticoagulothérapie (coumadin) anciennement fait en hôpital vers les pharmacies mais refuse de couvrir de façon équitable les frais reliés à cet acte qui coûterait pourtant beaucoup plus cher en hôpital. Pourquoi le patient devrait-il payer pour ce service de santé? Pourquoi serait-ce au pharmacien de travailler quasi-bénévolement? On me parlera de dette, de courbes et l’on dira que je ne comprends pas. Je comprends toutefois que l’argent va là où l’on veut bien le mettre et que je ne vois aucune politique pour contrer les milliards en évasion fiscale.

Ces couvertures à deux vitesses ne sont-elles pas des brèches à l’universalité des soins? Une universalité en santé d’autant plus importante qu’elle justifie pourquoi la classe moyenne paie autant d’impôts.

Une désagréable sensation de m’être fait doublement avoir comme citoyenne et comme pharmacienne…

A l’ère des fausses bonnes nouvelles et du show-politique, peut-être devrions-nous prendre le temps d’analyser en profondeur les annonces politico-marketing dont on nous bombarde. Mieux encore, peut-être devrions-nous parler à notre voisine enseignante pour réellement saisir ce qui se passe en éducation, ou à l’infirmier dont l’enfant va à la même garderie que le vôtre. Faire un pas vers l’autre pour comprendre la réalité de ceux qui nous entourent…

Sarah Fizazi

Administratrice de Fédération des Pharmaciens du Québec (FPQ)

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